"Aujourd'hui, je suis dans la dernière ligne droite et je reprends toute ma liberté", a lancé Ségolène Royal, désormais talonnée par le centriste François Bayrou dans les sondages, qui la donnent également tous depuis deux mois battue par Nicolas Sarkozy, alors qu'elle caracolait en tête des enquêtes d'opinion en fin d'année dernière.
Au cours d'une longue émission sur France 2, elle a estimé avoir été un peu "coincée" par l'appareil du PS, alors même qu'il y a trois semaines pile, confrontée au "trou d'air" dans sa campagne, elle rappelait dans son "équipe du pacte présidentiel" les principaux ténors du parti.
Depuis, de nouvelles divergences, notamment sur la stratégie à adopter face à François Bayrou, se sont publiquement étalées, certains responsables n'hésitant pas à sonner l'alarme, alors que l'entourage de la candidate se voulait imperturbable.
La participation des "éléphants" à la campagne est cependant réduite, même si la candidate a tenu meeting commun avec Laurent Fabius et devait le faire vendredi avec Dominique Strauss-Kahn, ses deux rivaux malheureux de la primaire.
Dans l'entourage de la candidate, on assure pourtant qu'il ne faut voir là aucune contradiction.
Elisabeth Guigou assurait ainsi vendredi qu'il ne fallait pas voir cette volonté de liberté "en terme d'opposition" avec le PS mais "comme un plus". Ségolène Royal "est socialiste et elle s'appuie sur le PS qu'elle considère comme une chance", affirme l'ancienne ministre.
Cette personnalisation sur la candidate s'explique par le caractère particulier d'une campagne présidentielle, relève un responsable de l'équipe de campagne.
Il doit être "entendu comme la volonté de notre candidate de garder son originalité (...) sa fraîcheur (et) d'incarner le changement", renchérit Mme Guigou.
La candidate a d'ailleurs pris soin de réaffirmer jeudi les "valeurs" qu'elle défend -travail, autorité, famille...- et qui ont parfois froissé certains au PS.
"Pour relancer une campagne qui patine et contenir l'inquiétante ascension de François Bayrou, Mme Royal a décidé de redevenir la fraîche et conquérante Ségolène. Ségolène, la femme moderne qui avait largement remporté la primaire socialiste contre les "éléphants" et contre l'appareil", analysait de son côté l'éditorialiste de La République du Centre.
Opération réussie, selon son homologue de La République des Pyrénées, pour qui "on a pu retrouver la candidate qui, il y a quelques mois, faisait preuve de nouveauté (...), comme brusquement libérée d'un carcan et reprenant, sur tous les sujets, son assurance et son cap".
La candidate, qui a souligné jeudi soir qu'elle "ne se présentait pas aux législatives", assume parfaitement: "Tout dépend de moi" a-t-elle lancé, allant jusqu'à se revendiquer de l'inspiration de Jeanne d'Arc.
