Ségolène Royal s'est attachée vendredi à nouer "un lien direct avec les Français", en l'occurrence des salariés du nord-est de la France menacés dans leur emploi, pour la dernière phase de la campagne présidentielle où elle entend reprendre "toute sa liberté" à l'égard du PS.
En déplacement dans la Marne, puis les Ardennes avec Dominique Strauss-Kahn, la candidate a défendu toute la journée les emplois et les services publics, laissant délibérément peu de place à son ex-rival de la primaire socialiste, qui l'accompagnait pour la première fois depuis le début de la campagne.
"C'est la dernière ligne droite de la campagne. Donc, ma responsabilité est maintenant de nouer un lien direct avec les Français, avec une totale liberté d'expression, d'action", a confié aux journalistes Mme Royal.
La veille, dans l'émission "A vous de juger" sur France 2, elle avait estimé qu'il était "un peu vrai" d'affirmer qu'elle était en partie "coincée" par le PS, alors qu'elle s'était largement affranchie des idées de son camp lors de la pré-campagne. La candidate a appliqué ce précepte dès la première étape, à Saint-Brice Courcelles, à la périphérie de Reims, en prenant un bain de foule sur la place ensoleillée où s'était massé un millier de personnes.
Dans "ce territoire durement frappé par les délocalisations", Mme Royal a estimé que l'économie française devait "se protéger", défendant son projet de "sécurité sociale professionnelle". Puis, incognito ou presque, elle a répondu, de manière impromptue, à l'invitation de syndicalistes en allant, dans leur usine, à la rencontre des salariés de Chausson Outillage, en redressement judiciaire, dont les 197 salariés sont menacés d'un plan social.
Les journalistes étaient déjà partis pour l'étape suivante de son déplacement. "Cela ne vous a pas échappé que j'ai repris ma liberté ? Je passe aux travaux pratiques", s'est amusée Ségolène Royal.
Dans le bassin d'emploi de Revin, au nord de Charleville-Mézières, durement frappé par des milliers et des milliers de suppressions d'emplois depuis trente ans, la candidate PS s'est ensuite rendue devant l'usine Porcher, qui fabrique des sanitaires et baignoires en fonte. La direction de cette filiale du groupe American Ideal Standard vient d'annoncer sa volonté de céder la fonderie (59 salariés).
M. Strauss-Kahn, un peu crispé, l'attendait, mais c'est la candidate, presqu'exclusivement, qui s'est exprimée. DSK a tout de même glissé qu'il allait "apporter tout son soutien à la campagne" de sa camarade de parti. Sa présence "était prévue de longue date (...) c'est un appui très important que l'ensemble des responsables du PS se mobilisent", a commenté Mme Royal, sans insister. Un dialogue s'est installé entre la candidate, DSK à son côté, et des représentants syndicaux. "Ca suffit. Il faut faire quelque chose pour nous", lui a lancé une femme. "Vous pouvez compter sur moi", a-t-elle répondu.
Tout au long de la journée, y compris lors d'un meeting à Charleville-Mézières devant plus de 2.000 personnes, Ségolène Royal a répété que "les entreprises qui ont fait des bénéfices et qui suppriment des emplois ou délocalisent devront rendre des comptes". Elle a dénoncé les "gaspillages" des aides aux entreprises "accordées sans aucune contrepartie", et fustigé les entreprises où "les actionnaires sont plus rémunérés que les salariés".
Mme Royal a exhorté l'Union européenne à se doter "d'une politique industrielle, pour que l'Europe se protège des délocalisations".