15h55, Ségolène Royal, un brin crispée, remonte la rue Lorraine de son village d'enfance, son fils Thomas sur les talons.
Entourée d'un essaim de caméras, la candidate socialiste à l'élection présidentielle est revenue dans le village où elle a grandi dans les années soixante, une courte étape de sa tournée de trois jours en Lorraine.
Certains habitants du bourg, comme le peintre local Claude Gelée "ont eu un destin exceptionnel. Ce qui m'arrive est somme toute banal", relativise dans un sourire la première femme à avoir une vraie chance d'accéder à l'Elysée.
Devant la mairie dont les fenêtres ont un air de 14-Juillet, guirlandes et drapeaux tricolores, elle raconte son enfance "pas toujours joyeuse" de "numéro quatre" dans une fratrie de huit "élevée à la dure" par le lieutenant-colonel Royal.
A côté d'elle, "numéro huit", son frère Antoine, son fils aîné, qui n'était jamais venu dans le village situé entre Epinal et Nancy, et son ancienne nourrice écoutent religieusement.
Une cinquantaine de journalistes, dont une chaîne de télévision belge, la radio allemande et le correspondant du quotidien japonais Asahi Shimbun, tentent de comprendre l'histoire crachée par une mauvaise sono.
Pendant dix minutes, Ségolène Royal évoque les promenades en forêt - "je connais 200 espèces de champignons!" - la neige à pelleter avant de partir à l'école, la bassinoire pour chauffer le lit le soir et les matins où, devant un hiver trop rigoureux, elle et ses soeurs se glissaient "directement de la couette au car de ramassage". "Cela aussi ça forge le caractère!".
L'ancienne ministre de l'Environnement se souvient de "l'enchaînement des saisons" qui aujourd'hui est menacé par le réchauffement climatique et l'ancienne ministre déléguée à la Famille insiste sur "l'ancrage familial", "ces années d'enfance qui (font) la profondeur des racines et la solidité des choses".